Extraits du discours de François Bayrou
Cet été, nous sommes revenus au temps de la force et, sur les écrans de télévision, nous avons découvert ce qu'était la force assumée et mise en scène de l'immense puissance chinoise dans la présentation somptueuse et soulignée des Jeux olympiques avec une parade de milliers et milliers de femmes et d’hommes qui exprimaient une seule idée, tout comme la liste de leurs médailles d'or : l'empire s'est réveillé !
Vous vous souvenez de ce livre qu’Alain Peyrefitte avait écrit : " Quand la Chine s'éveillera". Alain Peyrefitte avait une vision extrêmement profonde et une intuition extrêmement profonde de l'histoire.
La Chine s'est réveillée !… L'empire est redevenu l'Empire du Milieu, celui vers lequel tous convergent et, à Moscou, la Russie a manifesté, de la manière la plus brutale et la plus désinvolte, à l'égard des lois dont s'était dotée la Communauté internationale, qu'elle aussi était de retour en tant qu'empire.
Empire chinois, empire russe… Et en face de cela, évidemment une question nous est posée, une question massive et profonde : avons-nous, dans ce choc des empires, quelque chose à dire ?
« To be or not to be… » européens ?
La question de l'Europe n'est plus la question de ses institutions, la question de ses politiques et de ses débats internes, elle n'est plus la question que nous avons entendu poser ou articuler sur sa puissance, son influence.
La question de l'Europe est toute simple et W. Shakespeare l'a exprimée depuis longtemps et avant nous. La question de l'Europe est "T o be or not to be ?"… Voulez-vous être ou voulez-vous renoncer à être ? Être ou ne pas être, telle est la question européenne.
Cette question sur l'Europe va être, en particulier, posée aux Français, car ce sont les Français qui ont été les pères de l'idée européenne.
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Qu’en est-il de la France dans cette immense aventure ?
Vous avez bien senti le souci que nous exprimions pour la France et, ce souci, je veux lui donner un nom. Nous assistons à une régression d'un certain nombre des principes et des valeurs qui ont fait la République en France. Je veux rappeler que, dans la Constitution, la première définition de la République, le premier adjectif qui lui est accolé, c'est démocratique.
La Constitution dit : " La République est démocratique, laïque et sociale".
Mais, en France, la République est de moins en moins démocratique, de moins en moins laïque et de moins en moins sociale, donc de moins en moins République !
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L'arbitraire et la République sont inconciliables et contradictoires.
Parlons maintenant de l'affaire Tapie…
Vendredi matin, on a versé au liquidateur de M. Tapie un chèque de 197 millions d’euros, une libéralité qui va jusqu'à 280 millions d’euros. C'est le premier versement et il y en aura d'autres. Cela, c'est le contribuable et l'argent public qui en ont assumé la charge.
Je veux simplement vous dire ceci :
Nous aurons d'autres auditions la semaine prochaine. Nous en avons eu la semaine dernière, des auditions extraordinairement marquantes à la Commission des finances de l'Assemblée Nationale où le rapporteur de la Commission, Charles-Amédée de Courson que je salue en cette circonstance, et le précédent Président du consortium de réalisation, président pendant huit ans, sont venus pour indiquer que la décision qui a été prise de donner ce pactole à M. Tapie est une décision « sans base légale crédible », en tout cas « avec base légale extraordinairement discutable ».
Or, lorsque l'on met en jeu des centaines de millions d'euros des contribuables, cela ne devrait pouvoir être fait qu'avec une décision de justice et c'est d'ailleurs la règle de l'État de droit. Il n'y a que la justice de la République qui puisse trancher une question aussi importante que celle-ci. C'est donc une spoliation d'argent public et un enrichissement sans cause.
J'ai à peine besoin de signaler l'indemnité, excusez-moi ! le préjudice moral …dont Monsieur Bernard Tapie a été jugé digne et se monte à 45 millions d’euros ! C'est-à-dire 1 000 fois plus que pour une victime de l'amiante. C'est un préjudice moral que je trouve disproportionné et déséquilibré !
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Il y a trois mois, suite à l'un de ces incidents dont la Corse est hélas familière -mais dont d'ailleurs le nombre baisse- incident qui aurait pu être gravissime puisqu’on a mis à sac et on a mis le feu au bureau du Président du Conseil régional de Corse !- l'Élysée n'a rien dit ! Cependant, on a mis le pied sur la pelouse de Monsieur Clavier et alors le Directeur de la Sécurité Publique en Corse a sauté !...Ceci n'a qu'un nom, c'est le "fait du prince" et son "bon plaisir". C'est l'arbitraire et l'intimidation, car le sens véritable d'une telle décision, au-delà des foucades familières au sommet de l'État, est que tout le monde doit se méfier : " Si vous ne respectez pas ce que je considère être comme essentiel, y compris comme préférentiel, alors vous sauterez".
...Je finis en disant que tout ceci -ce n'est pas un hasard- se place dans une ambiance que l'on connaît bien, enfin que l'on connaissait bien en France, c'est la Cour. Entre nous, je dois dire que j'aurais imaginé bien des choses sur la République, mais pas de voir, à la sortie d'un Conseil des Ministres, les Ministres de la République s'étant vus remettre un disque d'une sympathique chanteuse de variété, être obligés d'en faire la publicité au bas du perron de l'Élysée…
Pour une société humaniste au XXIème siècle
Les Français ce ne sont pas des sujets, ce sont des citoyens. Et en s'appuyant sur cette capacité de résistance, les Français chercheront une espérance. Ma conviction est qu'ils ne chercheront pas le grand soir, les « lendemains qui chantent », l'État qui est censé résoudre tous les problèmes à leur place… Car il y a très longtemps qu'ils ne croient plus à ces sornettes.
Ce que les Français chercheront, c'est quelque chose de très simple et de très grand en même temps. Ils chercheront une société humaniste pour prendre la place de la société d'injustice qui est actuellement au pouvoir.
Il y a très longtemps que le mot "humaniste" n'avait pas été remis au premier plan de la vie politique. Eh bien il me semble qu'il n'y a pas d'urgence plus grande, aujourd'hui, en 2008, avec tout ce que nous avons sous les yeux, que de faire désormais de ce mot la boussole ou l'étoile polaire de l'action que les citoyens doivent décider ensemble pour que les gouvernants la conduisent un jour.
Je voudrais maintenant évoquer devant vous les axes principaux de ce qui me paraît devoir être la société humaniste pour le XXIème siècle.
Le premier axe, et peut-être cela surprendra-t-il que je commence par là, consiste en une société créative.
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Créative, créativité, création… avec cette idée que toutes les créations sont indispensables. Et pour moi cela concerne l'entrepreneur, le créateur d'entreprise, le chercheur, l'artiste, la création économique, la création de sciences et de techniques et la création culturelle.
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Premièrement quelque chose qui n'est plus à la mode depuis longtemps : il faut une réhabilitation de la recherche fondamentale, car il n'y a pas de recherche appliquée s'il n'y a pas de recherche fondamentale.
Deuxièmement, il va falloir que nous pensions les principes et la méthode d'une réforme fiscale de grande ampleur qui favorise l'initiative et le risque au lieu de les pénaliser, qui donne l'avantage à l'initiative et non pas à la rente, c'est-à-dire à peu près le contraire de ce que nous faisons aujourd'hui.
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Je crois enfin, troisièmement, que nous devons réfléchir -il s'agit naturellement d'une réflexion qui n'est pas de très "grand public"- à la légitimité d'une politique industrielle. Nous vivons dans des temps de fonds souverains. Je sais que le Gouvernement a un certain nombre d'idées autour de ce sujet. J'approuve la réflexion et je pense nécessaire que nous réfléchissions au cadre d'une politique industrielle moderne, peut-être pour combler un certain nombre de trous hélas béants dans le paysage industriel de notre pays.
Après une société créative, nous devons avoir une société juste.
Or, la justice, cela commence simplement à l'école et en maternelle. C'est pourquoi je préconise un effort national : concentrer sur le plus jeune âge dans les milieux fragiles, avec un programme de recherche sur la petite enfance et une stratégie d'éducation des familles, lorsque les enfants sont en situation de ne pas trouver l'équilibre nécessaire pour les acquis qui doivent être les leurs.
Une société juste : je veux ouvrir la réflexion sur ce que l'on appelle "l'élitisme républicain". Il y a quelques décennies, en France, toutes les familles humbles et modestes savaient comment il était possible de réussir dans la vie, en travaillant bien à l'école. Tout le monde le savait.
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Enfin, il y a une question terriblement sensible, délicate à poser, mais autour laquelle, même si je sais que beaucoup de gens ne seront pas de cet avis. Il faut que nous ayons une réflexion. Dans la perspective de la société humaniste qui est devant nous, il faut une réflexion concrète sur un plan pluriannuel d'évolution des bas revenus dans la société française. Travail, revenu du travail, retraite, comment faire pour que, simplement, un peu d'oxygène soit offert, non pas distribué, mais offert. Réflexion sur ce plan pluriannuel.
Troisième grand sujet : une société durable.
Immense question parce que c'est celle du droit qui n'est jamais évoqué des générations futures, du droit de ceux qui ne sont pas encore nés, du droit des plus jeunes et du droit de ceux qui vont naître. En même temps, puisque j'évoque un pacte inter-générations, cela veut dire qu'il faut désormais poser les questions qui vont avec l'augmentation, en nombre très important, du grand âge. Ce sont des questions très lourdes et que l'on ne peut traiter qu'avec les plus jeunes.
Sur ce pacte inter-générations, je vous propose que nous réfléchissions au droit des générations futures.
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Enfin, dernier grand sujet, après la société créative, juste et durable, il faut que cette société soit démocratique.
Ce qui veut dire : séparation des pouvoirs, une loi électorale juste dans laquelle tous les grands courants du pays auront une représentation autonome sans avoir besoin d'aller faire allégeance
Ce qui veut dire une refonte de la démocratie locale qui est aujourd'hui un labyrinthe incompréhensible, et vous savez les principes que l'on a défendus de ce point de vue là.
Ensuite, interdiction de la dépendance entre médias et pouvoir exécutif : il faut une loi qui interdise à des industriels dépendant des commandes de l'État d'être à la tête de grands moyens d'expression en France.
Et enfin, indépendance de la justice. Je veux défendre à nouveau ou reprendre devant vous l'idée d'un Garde des Sceaux indépendant qui ne soit pas soumis à l'autorité gouvernementale, mais qui soit indépendant devant la représentation nationale.
Si nous voyons juste, le besoin de société humaniste se fera plus présent chaque jour et un jour, autour de ce projet, autour de cette alternative il y aura, je le crois, une majorité de Français.
J'ai employé deux mots et je vais m'arrêter un instant sur ces deux mots.
Le premier de ces mots c'est : alternative.
Comme vous le voyez, ce n'est pas un projet de compromissions qui s'accommodent des dérives actuelles et se contenterait de les camoufler ou de les colorier, ce n'est pas un projet de compromission, c'est un projet de confrontation. C'est un autre projet de société, et non pas une soumission au projet de société actuellement dominant.
Le deuxième mot est : majorité.
Le jour où la question sera celle de l'alternance, le jour où la question de l'alternance deviendra ou sera à l'ordre du jour, ce jour-là, la question sera celle de l'efficacité.
Toute victoire électorale suppose des rassemblements et le rassemblement suppose -je dis cela à la cantonade mais peut-être certains y reconnaîtront-ils un message pour eux- d'accepter la différence. Non pas de rechercher l'alignement, l'indépendance ou la soumission, mais d'accepter la différence et, s'il le faut, la concurrence.
Ceci est la condition pour des rassemblements nécessaires le jour où la question qui se pose est celle de la majorité
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Jusqu'à maintenant, la règle en France, c'est de ne parler qu'avec les gens qui sont d'accord avec vous. Or nous avons montré tout au long de ces trois jours que notre volonté et notre détermination étaient de parler aussi avec des gens qui, jusqu'à maintenant, n'étaient pas d'accord avec nous, de parler avec des gens différents de nous pour, un jour, pouvoir construire avec des gens qui, jusqu'à maintenant, étaient différents de nous.
Je veux simplement vous rappeler la phrase dans laquelle j'ai reconnu tout notre message -pour une fois c'est une phrase de Mc Cain et pas une phrase de Obama- Mc Cain a dit quelque chose qui, pour moi, est fondamental : "Excusez-moi, quand je vois Obama, je ne vois pas d'abord un démocrate, je vois d'abord un Américain."
Moi, quand je vois des concitoyens qui ont eu jusqu'à maintenant un parcours, un engagement, une filiation qui n'était pas la mienne, je ne vois pas en eux des ennemis, des adversaires ou des étrangers, je vois en eux des concitoyens et nous aurons bien besoin les uns des autres le jour où il s'agira de construire ensemble !
Je sais bien qu'il n'est pas facile de passer les frontières, mais c'est en passant les frontières que l'on bâtit des pays pionniers.
Je vous remercie.



Remarquable!
Ecoutez et lisez ce discours, Bayrou et le MODEM ne sont pas ce qu'en disent les media "officiels".
C'est une véritable alternative au pouvoir actuel que nous propose François Bayrou.
Rédigé par : MM | 08 septembre 2008 à 17:54
Je suis frappée par la réalité du discours, sa richesse, son ampleur. Quel décalage avec ce que les médias en disent.
Les journaux du matin avaient transmis un message qui pouvait troubler l'image et le positionnement du Modem et de Mr Bayrou.
La lecture de son discours est un vrai réconfort e ces temps troublés.
Merci, sincèrement.
Esther
Rédigé par : Esther | 12 septembre 2008 à 15:53
C'est une alternative à TOUTES les politiques, pas seulement l'actuelle!
Rédigé par : Gérard | 12 septembre 2008 à 15:54