Quelques éléments clés pour essayer de mesurer les différents enjeux de la crise structurelle qui touche en ce moment les principales institutions financières américaines, et par ricochet celles de la planète.
Les enjeux sont gigantesques : les montants concernés peuvent mettre à mal l'ensemble des institutions financières. Les conséquences du « laisser aller » financier de ces dernières années, qui est le seul vrai responsable de cette crise, vont atteindre nos entreprises, diminuant notre capacité à générer de la richesse. Et pour finir, comme seuls les États ont les moyens financiers potentiels pour combler les pertes, c'est le contribuable, vous et moi avec nos économies et nos impôts, qui vont rattraper ce qui peut l'être. Fondamentalement pourquoi pas ? Mais à trois conditions : que cela nous rapporte, que ceux qui n'y sont pour rien n'en subissent pas les conséquences et que toutes les mesures soient prise pour cela ne se reproduise plus. Utopie ? Soit, mais alors il est urgent de sanctionner les responsables et de corriger notre modèle de société.
1. Des montants inimaginables !
Autant en prendre conscience tout de suite, les montants sont au-delà de tout ce que notre cerveau peut concrètement concevoir. Les sommes sont abyssales. Quelques exemples :
- le plan de sauvetage annoncé par l'État fédéral américain est d'un montant de 700 milliards de dollars, soit 473 milliards d'euros environ, soit l'équivalent de 360 000 siècles de SMIC ;
- ce plan ne couvre que partiellement les sommes mises en jeu par la crise des subprimes, estimées entre 675 et 1 350 milliards d'euros,
- cette crise des subprimes, n'est qu'une paille rapportée aux sommes « couvertes » par les deux institutions nationalisées il y a peu aux USA, Freddie Mac et Fannie Mae, et estimées à 8 000 milliards d'euros
- ces deux institutions, tout comme l'assureur américain AIG, également en détresse, ne gèrent qu'une partie des sommes concernées par les « couvertures de risque », qui au total représentent plus de 42 000 milliards d'euros.
- et pour relativiser, L'Etat d'un pays comme le notre prévoit de dépenser en 2009 (budget) 278,5 milliards d'euros.
Regarder ces faits en face, permet de prendre la mesure réelle de l'évènement et aide à relativiser les messages irresponsables que nous adressent le gouvernement, du type « Le pic de la crise est derrière nous ! », où « Je vais redresser tout cela ! », jusqu'à « Je veux que les personnes responsables soient identifiées et punies». Intention louable, mais d'abord les responsables sont connus depuis longtemps, et les sommes en jeu dans cet écroulement sont bien au-delà de ce que peut appréhender un pays seul.
2. Les causes
Depuis plus de 10 ans, se manifeste une financiarisation sans limite du monde économique…et bancaire. Dénoncé par François Bayrou, ce phénomène est lié à deux grandes tendances, nées des changements culturels et politiques des années 90 :
- l'ultra sophistication des outils financiers, permettant théoriquement d'éliminer…le risque
- la libéralisation excessive, le libre cours/laisser-aller, réclamé haut et fort par les plus libéraux des courants politiques et économiques. Calqué sur le modèle anglo-saxon, cette doctrine se voulait moderne.
La sophistication croissante des outils financiers a permis de diluer, en théorie, le risque lié à un engagement. Mais quel est l'intérêt de diluer « automatiquement » (pour ne pas dire artificiellement) un risque ? Les banques et les assureurs, sont tenus de conserver « à l'abri de leurs coffres » une part, définie par la loi, de l'argent qui leur est confié par leurs clients. Mais cet argent qui dort, quel dommage, quel manque à gagner ! De plus la quantité d'argent à mettre de côté est aussi liée aux « risques » courus par l'argent mis au travail. Plus le risque est élevé, plus je dois en mettre de côté, à l'abri. Comment réduire, techniquement les risques que je prends ? En les diluant, et en les assurant ! Et c'est là que commencent les bricoles. Les instituts financiers se sont mis à « découper » le risque en tranche, à le mélanger à des tranches d'investissement moins risqué (titrisation), et à vendre ce paquet de tranches, bien emballé, à toutes les banques et assurances qui en voulaient.
Parallèlement, pour réduire encore mon risque (de surexposition), je m'assure auprès d'autres institutions financières qui sont moins exposées que moi sur un sujet (un pays, un produit), et j'accepte de les assurer sur leurs propres risques. Mais comme chacun a réduit artificiellement son risque réel, c'est un jeu de dupe, et tout le monde est trompé, tout en sachant qu'il a trompé l'autre. Alors quand ça casse, je n'ose pas dire où j'en suis réellement car le risque n'est en fait pas assuré !
En même temps, pour toute personne mature, il serait irresponsable de ne pas chercher à réduire un risque. Où le bât blesse-t-il ? On l'a dit : réduction artificielle car théorique. Et c'est là que ça coince. Le «laisser aller» ou «laisser faire» qui est la grande revendication du modèle néolibéral depuis une dizaine d'années, en provenance directe de la « finance moderne » anglo-saxonne, a fait exploser le système. Comment ? En poussant la théorie de réduction du risque à fond, dans ses limites, et même hors de ses limites. Et comme on parle de chiffres, il est possible de créer des abstractions à partir du réel, tout financier digne de ce nom en connaît le danger.
Un exemple? Vous êtes au bord d'un gouffre abyssal, et 500 mètres vous séparent du bord opposé.
Le temps est venteux, et vous êtes habillé d'un large imperméable que des bourrasques soulèvent violemment. Il se trouve qu'à côté de vous, se tient un expert en finance (par exemple en modèles stochastiques), qui sait calculer les probabilités de tous les évènements imaginables. Et justement, il a calculé qu'il y avait une chance non nulle pour qu'au moment où vous sautez, le vent s'engouffre dans votre imperméable et vous soutienne jusqu'à ce que vous arriviez de l'autre côté, sain et sauf. Et il est tellement sûr de son coup, qu'il vous prête 100 000 euros avant votre saut (il en prendra 2% au passage). « N'importe quoi ! » s'offusqueront certains lecteurs. Et pourtant c'est exactement ce qui est arrivé. Cela s'appelle les subprimes. Le prêt d'argent aux USA à des foyers qui n'avaient aucun moyen de rembourser. Ils ont sauté. Des millions de foyers. Et c'est arrivé en toute connaissance de cause de la part des financiers concernés, et sans aucune régulation : « laisser faire !». Et en parallèle, le financier a découpé le risque immense qu'il prend (car il ne fait que vous prêter l'argent, à un taux très élevé, pas fou) en petits bouts, vendus à toute la planète, tous ceux qui ont achetés ce risque sont contaminés ! Mais : « laisser faire ». Pas de régulation, surtout pas venant de l'Etat incapable de se gérer lui-même (pas complètement vrai, mais c'est un autre débat). Sauf que l'Etat est en théorie un peu plus responsable (et régulé), et qu'il ne pousserait personne à sauter dans le vide.
3. Tout un système
Cette abstraction excessive des risques a gagné en quelques années toute la finance, qui est par définition internationale. L'argent n'a pas de frontière, et surtout pas les produits financiers qui permettent de générer des gains en eux-mêmes, et par les commissions liées à leur négoce. Dans les faits, la finance s'est décrochée de l'économie réelle, qu'elle ne devrait que servir.
Nous pouvons prédire que d'autres secteurs sont touchés par ces phénomène d'abstractions, comme par exemple les entreprise concernées par les opérations à effet de levier (LBO), très courues ces dernières années, y compris en France. Le principe est simple : il consiste, pour acheter une entreprise, à faire emprunter par l'entreprise une part de l'argent nécessaire à l'achat. Exemple : une entreprise vaut 100. Je suis d'accord pour l'acheter ce prix ; j'amène 10, et l'entreprise emprunte 90. Je peux donc donner 100 au vendeur. Sauf que normalement, j'emprunterai 10 et je donnerai 90. Car que se passerait-il si l'entreprise ne pouvait plus rembourser ? Et comment va-t-elle rembourser ? Mais le « laisser faire » de ces dernières années a permis des excès impensables quelques années plus tôt. Pourquoi ? Dans notre exemple, avec 90 en poche, il a été possible d'acheter des sociétés qui valaient…1 000. Et en cas d'échec, seuls 90 avaient été mis en jeux…
De nombreuses sociétés françaises ont changé de mains ces dernières années avec des leviers excessifs. Des entreprises industrielles et de service. Endettées de façon importante, elles sont très sensibles aux éventuelles baisses de l'activité économique qui les rendraient incapables de rembourser…
Et après les LBO, ce sont des centaines de milliers de nos PME qui peuvent être affectées par la réticence des banques à leur prêter l'argent nécessaire à leur développement. Et là, ce sont des millions d'emplois qui sont concernés en France. Impossible ? Il faut savoir qu'aux USA, depuis des semaines Ford et General Motors réclame 50 milliards de dollars au gouvernement pour…ne pas couler.
Encore une fois, ce n'est pas tout le système qui est à condamner, mais bien ses excès : « laisser aller»… Excès liés à l'incapacité du système à s'autogérer, et à l'inactivité d'Etats inertes, voire intéressés.
4. La nécessité d'une vision à long terme
On le voit bien l'ampleur de la crise est telle que seuls les Etats sont à la hauteur de l'évènement et ont les moyens de l'appréhender. Et ils agissent.
Ces interventions, indispensables pour éviter que le système n'explose, sont à elles seules la démonstration de l'échec des théories néolibérales et du « laisser faire » sous-jacent. Il se trouvera bien quelques éditorialistes ou experts pour expliquer que le modèle n'a pas été poussé « jusqu'au bout » (encore heureux), mais les dernières semaines écoulées sont un enterrement définitif des théories de l'école de Milton Friedman et consorts.
Cet échec du néolibéralisme, et l'ampleur de la crise et les violences qui l'accompagnent (près de 250 000 emplois supprimés aux USA en quelques jours), posent la question du politique. Car de même que seuls les Etats ont les moyens d'agir aujourd'hui, seule une nouvelle vision de la société peut corriger les effets à venir de cette crise.
Et il faut bien le concéder, c'est une vision différente qu'il faut offrir.
Cette vision, ne passe évidemment pas par des privatisations à marche forcée de nos services publics, ni par la réduction de nos investissements dans nos écoles, universités, notre recherche fondamentale ou notre historique système d'entraide, qui sont autant de gardes-fous actuels et futurs face aux défis qui nous attendent. Or, la politique actuelle, illustrée dans ses actes par les choix budgétaires 2009, semble venir de ce Monde Ancien, où les politiques élus ou nommés aux responsabilités les plus hautes de l'Etat, se désengageaient de tout.
La vision nouvelle qu'il faut pourrait être une vision basée sur le long terme, où chaque acteur joue son rôle, car il n'est pas question d'oublier l'entrepreneur ou le financier, pas plus que le technicien ou le professeur, la caissière, le médecin ou le sans-emploi. Une vision politique qui cesse d'être obsédée par le court terme. Une politique qui ouvre des horizons nouveaux, qui nous mobilise tous sur des objectifs plus grands que nous. Qui remette le savoir au cœur des préoccupations quotidiennes ; remette l'envie de connaître, de découvrir, d'apprendre, de partager comme moteur de notre quotidien. Permette de regarder l'autre comme un atout et non comme un concurrent ou un…étranger. Cette société, faite de grandeur et de dynamisme, nous en sommes convaincus, est largement à notre portée. Elle ne dépend que de la mobilisation de chacun d'entre nous, au quotidien et dans les urnes, comme dans toute démocratie ancestrale qui se respecte. Il ne dépend que de nous de reprendre en main notre destin et de construire le meilleur pour celui de nos enfants.
JDC




En ce funeste anniversaire du Jeudi Noir de 1929. Le jour où la panique gagna les bourses de New York. Je préfère me rappeler de l'homme de la situation, Franklin Delano Roosevelt avec son New Deal puis son Bretton Woods.
Aujourd'hui, une fois encore, nous avons pu s'apercevoir que la crise n'est pas derrière nous. Nous sommes en plein dedans. La destruction de l'économie réelle s'accélère. Et avec les plans fous de renflouement du système, le risque d'une crise d'HYPERINFLATION augmente chaque jour! L’existence même des nations est mise en cause !
Hier, devant un parterre de dirigeants de Hedge Fund, Nouriel Roubini déclare que le pire est à venir.
La solution aujourd'hui! Dire stop à la folie de la tyrannie financière avec un VRAI Nouveau Bretton Woods!
Une bataille s'est engagée entre les dirigeants politique autour du contenu du sommet sur la crise financière qui se tiendra le 15 novembre 2008 à Washington.
La population doit s'accaparer le débat! A toi la Parole!
David C.
david.cabas.over-blog.fr
Rédigé par : David C. | 25 octobre 2008 à 00:16
Intéressante analyse du "comment" cette crise s'est produite. Pour mon analyse du "pourquoi" (qui laisse quelques pistes pour répondre à votre souhait de vision différente) je vous laisse un lien (article un peu long) http://skeptikos.hautetfort.com/archive/2008/10/09/crise-economique-financiere-du-comment-au-pourquoi.html
Rédigé par : Claudio Pirrone | 25 octobre 2008 à 10:50